
Un projet commun Les Ateliers de l’Image (Marseille) South-Art (Nice).
"Cette exposition propose de présenter des travaux photographiques qui interrogent la notion de réalité. Le lien si puissant qui liait l’image photographique à son modèle s’est peu distendu au point que désormais nous évoluons dans un monde de simulacres et que la photographie elle même ne constitue plus la preuve irréfutable de la présence des choses. Cependant le réel n’a pas disparu pour autant, et l’image photographique reste un moyen valide pour tenter de l’approcher . Le choix de ces divers travaux va dans le sens de cette hypothèse et s’attache à mettre en lumière des démarches qui interrogent les rapports de plus en plus complexes et problématiques du réel et de sa représentation photographique.
Les trois photographes présentés à La Traverse ont dès leur départ adopté cette position qui consiste à envisager le médium photographique sous le régime de l’image documentaire. Cette apparente neutralité est le signe d’une volonté de réserve vis à vis de l’enregistrement photographique, dont le résultat est la manifestation d’un rapport singulier au monde et la restitution d’une expérience". Patrick Manez
Photographes présentés à Marseille : Caroline Bach, Jurgen Nefzger, Favret/Manez. Commissariat South Art.
Photographes présentés à Nice : Monique Deregibus, André Mérian, Gilles Pourtier, Bastien Roustan.
Caroline Bach est née en 1968. Vit et travaille à Nice. Collabore avec la galerie Espace A VENDRE (Nice)
Je pourrais dire qu’avec la photographie, j’enregistre des surfaces puis j’essaie de les organiser. Je crois à la force métonymique du médium photographique : une photographie montre la surface de la réalité, mais elle n’en dit rien ; c’est au regardeur d’interpréter la surface pour lui donner une profondeur et rendre l’image « dicible ». Il y a cette phrase de W. Benjamin : « Le grand collectionneur, tout à fait à l’origine, est touché par la confusion et l’éparpillement dans le monde. » Je suis atteinte par cette confusion et cet éparpillement. J’essaie de débroussailler tout cela en fabriquant des images très composées, le plus souvent avec une chambre photographique, et en construisant des séries sur des lieux, des projets qui ont un enjeu qui me dépasse largement.
Jürgen Nefzger est né en 1968 à Fürth en Allemagne. Travaille et vit à Nice et Clermont-Ferrand. Jürgen Nefzger est représenté par la Galerie Françoise Paviot, Paris.
Diplômé de l’École Nationale Supérieure de la Photographie à Arles. Enseignant en photographie à l’Ecole Supérieure d’Art de Clermont Communauté. Depuis le début des années 90, Jürgen Nefzger porte un regard sur les mutations du paysage. L’urbanisme, les zones périurbaines et rurales ainsi que les questions d’ordre environnemental constituent des éléments de recherche pour accéder à une vision contemporaine du paysage en tant que reflet d’une époque et d’un mode de vie, voire d’une attitude de consommation. Adepte de la chambre photographique, il aborde différents sujets représentatifs de notre époque en associant rigueur et humour, sens de l’anecdotique et regard critique.
Anne Favret est né(e) le 24-11-1964, à Nice. Patrick Manez est né(e) le 08-03-1964, à Nancy. Ils vivent et travaillent à Nice.
Nous sommes deux photographes co-auteurs qui travaillons ensemble depuis près de vingt-cinq ans. Nous nous préoccupons essentiellement du paysage contemporain, cherchant à assembler les indices visibles de l’espace hétérogène qui nous entoure en des séries photographiques distinctes. Chaque série nous permet d’explorer un registre différent de la représentation et de remettre ainsi incessamment en question notre façon de regarder les choses. C’est le regard extérieur au « moi privé » qui nous intéresse, la confrontation directe avec un réel incompressible, un regard exempt de toute hiérarchie.
Les images présentées à La Traverse s’inscrivent dans un travail au long cours, " Europe – le plan B " , que nous menons sur les villes européennes dont le nom commence par la lettre B. Une contrainte qui inscrit dans notre démarche, une part d’arbitraire qui va dans le sens de la neutralité à laquelle nous aspirons …/… Le choix d’un éclairage « entre chien et loup » a été fait à priori. C’est pour nous la lumière qui joue le rôle principal de ces photographies. Ce moment de basculement entre le jour et la nuit permet de dégager de la complexité urbaine ces petites échoppes sans que toutefois elles n’occupent une surface trop importante dans l’image. Nous tenions à prendre une distance suffisante pour « faire paysage », rendre visible l’organisation des différents éléments et offrir un espace au sein duquel on puisse circuler. Cependant le sujet principal reste dominant car c’est finalement lui qui éclaire la scène. Anne Favret et Patrick Manez.
" Parce qu’ils s’arrêtent devant ce que l’on croise sans un regard, qu’ils se penchent sur une situation triviale dont on se détourne, parce qu’enfin ils renoncent à toute hiérarchie dans l’ordre des informations que nous classons sans cesse par ordre de priorité dans notre esprit, Anne Favret et Patrick Manez nous font prendre conscience de ce qui nous entoure. Il n’y a plus alors de « sujet », car nous ne sommes ni devant un reportage et encore moins un tableau classique. Nous sommes face à la construction d’un réel sculpté par le regard." Michel Poivert