Conversations

Un choix d’oeuvres photographiques parmi les acquisitions récentes du FRAC Provence Alpes Côte d’Azur : Monique Deregibus, Bernadette Genée et Alain Le Borgne, Gaël Peltier, Akram Zaatari.

Si nous avons réuni ici quatre artistes, quatre photographes, ce n’est pas seulement pour faire conversations.

C’est parce que, frontalement ou par déplacements, par le nombre ou par l’économie, ils posent ensemble la question des images. Que montrer ? Comment montrer ? Quels rôles donner alors aux images ? Quel sens donner à la beauté ?

Cette question des images, déjà chère aux " voyants " du siècle dernier, prend une dimension plus forte encore en ce début de XXI° siècle, car c’est une question globale. Et comme souvent, des solutions - tout au moins des éclairages possibles - nous viennent des opérateurs de l’art, tant qu’ils se sont dégagés des contraintes du marché..

Alors qu’elles sont donc ces conversations possibles créées par la mise ensemble d’univers particuliers ? D’abord il y a bien sûr la collection constituée par le Fonds Régional d’Art Contemporain de la région Provence Alpes Cote d’Azur, pensée et construite selon des axes thématiques qui donnent dès le départ une cohérence à cet ensemble. Que toute son équipe soit d’ailleurs ici remerciée.

Le parcours proposé par les Ateliers de l’Image s’est construit sur les différents échos et conversations possibles entre les œuvres. Pour faire simple, nous pouvons dégager au moins cinq sujets de conversation. Il y a d’abord la mémoire et la guerre, que l’on retrouve avec évidence chez Akram Zaatari et chez Monique Deregibus. Tous les deux reviennent sur les traces possibles d’événements précis, pour interroger " un passé qui perdure ". L’une y vient de l’extérieur, l’autre l’a vécu de l’intérieur. L’une utilise un regard à la fois documentaire proche du constat mais qui par le cadrage désigne et transforme la notion de mémoire ; l’autre retourne et revient sans cesse sur les documents qu’il a lui-même produit adolescent, et qui prennent aujourd’hui avec évidence valeur d’archives.. Dans les deux cas, les lieux sont les mêmes - ou presque. Dans les deux cas les dates sont les mêmes - ou presque. Dans les deux cas les images sont utilisées pour leur valeur documentaire, et pour les opérations qu’elles permettent, que ce soit par le montage ou par le cadrage. Ces deux thématiques font également partie intégrante du travail de Bernadette Genée et Alain Le Borgne. C’est parce que l’on reconnaît les objets et les images contenus à l’intérieur de ces cadres ronds formés par les képis retournés que l’on s’y retrouve, que l’on s’y projette. Et c’est par l’organisation de leur travail que Bernadette Genée et Alain Le Borgne transforme cet échange sur une imagerie commune en une organisation sculpturale de l’espace. L’imagerie est aussi un des axes de travail de Gaël Peltier, mais il s’agit ici d’une imagerie cinématographique, policière, quasi-clandestine où l’étrangeté, l’inquiétude, l’interrogation constituent les matériaux de base du langage visuel. Gaël Peltier partage avec Monique Deregibus une exigence et soin particulier du cadrage. Ce soin du cadrage donne tout son souffle au regard que nous portons sur les traces des massacres de Chatila et toute sa tension à ces images énigmatiques inspirées du monde du cinéma. Cette tension, on la retrouve par le son et par le montage chez Akram Zaatari. Et puis pour ajouter un sujet de conversation, il faut aussi jouer et se jouer des images de Gaël Peltier, et des images-imageries de Bernadette Genée et Alain Le Borgne. Car sans jeu, comment faire conversations ?

Les Ateliers de l’Image