Au bout des doigts Suzanne Hetzel
18 avril- 20 mai 2009 La Traverse / Les Ateliers de l’Image
Le dictionnaire est souvent de bon secours. Au bout des doigts est une expression assez ancienne, attestée dès 1665. On dit "connaître sur le bout des doigts" ce qui signifie "savoir parfaitement de mémoire, connaître un sujet à fond". Voilà une expression qui convient parfaitement à Suzanne Hetzel. Et qui colle parfaitement à sa pratique photographique.
La pratique de Suzanne Hetzel est tout autant liée à l’expérience vécue qu’à la volonté de construire des corpus d’images qui "questionnent la représentation de la réalité". Cette pratique est avant tout une relation humaine, une relation aux choses, pensée dans un mode de production d’images qui, s’il sait faire confiance au hasard, s’inscrit dans un protocole de prise de vue bien établi. "Mes images sont faites chez des personnes rencontrées au hasard et qui acceptent de m’accueillir dans leur maison. Aucun critère ni choix ne sont à la base des rencontres comme je ne choisi pas non plus les objets que je photographie : je n’ai pas de préférence pour un objet. J’enregistre ce qu’il est, les objets qui sont là et que je peux voir en tant qu’invitée. Seuls le point de vue et le cadrage sont déterminants…/… Le temps passé avec une personne a bien plus d’importance que la prise de vue elle-même. Plusieurs rencontres ont parfois lieu avant de faire l’image dans l’environnement immédiat de la personne. En cela on peut dire peut-être que je pratique une photographie active, un travail qui tend plutôt vers une expérience qui utilise la photographie et qui questionne la représentation de la réalité comme quelque chose à la fois ordinaire et complexe".
L’exposition présentée par Les Ateliers de l’Image à La Traverse propose un parcours construit à travers quinze ans de cette pratique de la photographie. Ce parcours traverse huit séries différentes, prises entre 1994 et aujourd’hui, et permet de bien comprendre la place de l’image dans cette expérience photographique de la prise de vue. Le choix, la sélection, l’accrochage se sont fait autour du "va et vient" constant dans sa pratique entre l’attention portée aux objets, le rapport aux personnes photographiés et la récurrence thématique liée aux lieux, à l’absence, aux intérieurs… et à toutes ces choses qui font lien entre l’espace privé et la représentation sociale.
Suzanne Hetzel explique elle même cette évolution : "Pendant de nombreuses années, j’ai porté, par la photographie, une attention sur les objets qui entourent l’homme dans son environnement quotidien et privé. Lentement mon travail s’est tourné vers le territoire de l’homme, son corps, son espace vital, pour pousser en arrière plan celui des objets. Ces photographies tentent de retracer en images ces multiples liens entre l’homme et les objets pour faire apparaître l’homme dans son rapport au monde".
Faire apparaître l’homme dans son rapport au monde, par les images, à partir de son univers quotidien, telle semble la tentative artistique de Suzanne Hetzel. Plus modeste est l’ambition de cet accrochage, faire apparaître Suzanne Hetzel dans son rapport à la photographie.
Erick Gudimard